Notre Patrimoine Polaire (V2)

Textes de Marc Givry, photographies de Christian Morel

Editions Marc Givry Architecte, Collection Polaire 16/18 2020 ISBN : 979-1-0343-1853-7

Description

Lors de quatorze missions dans le cadre de l'Année Polaire Internationale 2007-2008, Christian Morel a suivi dans leurs travaux près de 300 scientifiques. Ainsi, au delà d'une aventure humaine peu courante, il a pu dresser un portrait photographique contemporain de la science internationale en terrains polaires. Ce travail a donné lieu à l'exposition Notre Patrimoine Polaire présentée tout d'abord au Palais des Nations de l'ONU à Genève lors de la clôture de l'Année Polaire Internationale, pour accompagner par la suite les grandes conférences d'Oslo et de Montréal. A l'époque le catalogue de référence de l'exposition faisait 360 pages. Dix ans après, ce copieux catalogue étant épuisé, une version plus légère vous est proposée. Dix ans après le sujet est loin d'être épuisé. Dix ans après il se serait plutôt réchauffé. Ainsi, ce livre vous invite à porter votre regard et vos réflexions sur un patrimoine plus que jamais d'actualité.

Extrait

"....Une terre humaine
Nous sommes à Sam Fjord, sur l'île de Baffin, dans le Nunavut au Canada, le 15 avril 2008 à 18h08. 

La température est de -21 °C, le vent nul. C'est une très belle journée printanière. 

Ils s'appellent Qaerngaaq Nielsen, Ilkoo Angutikjuak, David Iqaqrialu, Teema Qillaq, Nina Palituq, Lizzie Palituq, Elijah Palituq, Toku Oshima, Shari Gearheard. Ensemble ils examinent dans la banquise les traces d'un ancien trou de respiration de narval. 

Ils participent à un projet qui s'appelle Siku-Inuit-Hila, un projet que l'on pourrait traduire par "Banquise, Peuple et Temps".

Ce projet fait collaborer des Inuit, des Iñupiat, des Inughuit et des scientifiques pour étudier ensemble les glaces de mer, leur utilisation et les changements survenus dans trois villages de l’Arctique : Clyde River dans le Nunavut au Canada, Barrow en Alaska et Qaanaaq au Groenland.  

L’échange de connaissances est au cœur du projet et l’équipe se déplace dans les villages et sur la banquise alentour pour recueillir des informations sur cette banquise et les pratiques locales qui en sont faites.  

Dans chaque village, des observateurs locaux s’occupent des stations de surveillance des glaces de mer qui ont été installées. 

Des réunions régulières sont organisées sur place pendant toute la saison froide, afin de partager les connaissances et les compétences de chacun. 

En apparence nous ne sommes pas dans la "big science", pas de déferlement technologique, pas d'énormes brise-glaces, pas de capteurs sophistiqués, pas d'hélicoptères dans le ciel.

Même nos satellites de surveillance, partout présents en permanence, sont trop loin pour apparaître sur la photo. 

Mais pourtant loin de nos techniques raffinées permettant la vision filtrée voire la vie à distance, on pratique ici un grand art qui est aussi une grande science : l'observation directe. 

Un art et une science qui ont permis aux peuples de l'Arctique de vivre depuis bien longtemps dans un milieu que nous qualifions à tort d'extrême, mais qui pour eux est tout simplement normal..."

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"....Inlandsis


Nous sommes dans le Sanctuaire Blanc, au cœur du Trésor le Lutin Noir salue la Princesse des Neiges ... Mais j'affabule en vous entraînant vers la science-fiction ou la fantasy. A partir de cette photo, je pourrais vous parler de machine à remonter le temps mais avant je voudrais raconter une histoire qui n'est pas une fable : l'histoire du Pôle d'Inaccessibilité. 

Cette histoire débute le 5 avril 1950 au cours d'un dîner réunissant chez le docteur James van Allen plusieurs des grands noms de la géophysique et en particulier le professeur Sydney Chapman. Lors de ce dîner fut lancée l'idée de l'Année Géophysique Internationale 1957-1958. 

On était en pleine guerre froide et au début, les Russes ne faisaient pas partie de cette initiative. Ils ne sont arrivés qu'après, quand le programme était déjà bien mis en place. Forts de leur expérience des grands froids, les Russes en arrivant ont réclamé l'installation d'une base au pôle Sud, ce qui a jeté un certain froid dans l'assistance. En effet, les scientifiques, très gênés, ne voulaient pas froisser les Américains à qui le Pôle avait été promis, ni laisser repartir les Russes dont ils souhaitaient la présence. 

Fort heureusement, un savant astucieux a proposé aux Russes quelque chose de plus difficile que le pôle Sud : le Pôle d'Inaccessibilité. En effet, le pôle Sud n'est pas le lieu du continent antarctique le plus éloigné de toutes les mers et donc le plus difficile à atteindre. Ce privilège est réservé au Pôle d'Inaccessibilité. 

Rassurée par la qualité du symbole et après avoir consulté Staline qui ne décédera qu'en 1953, la délégation Russe accepta. Et c'est ainsi que fut crée la base de Vostock. Inaccessiblement bien située à 1260 km de la côte la plus proche, elle détient le record de la température la plus basse jamais enregistrée à la surface de la terre : -89,2 °C relevé le 21 juillet 1983...."

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